Carnet de nuit

La nuit portant conseil, voilà en vrac les premiers enseignements de cette première course sur le grand Voilier au Ruban Rouge.

. Le plateau des participants est très varié, des pros souvent issus du Figaro ou des 60 pieds open (IMOCA) qui sont là pour gagner et à l'attaque en permanence: petits contres bords dans les bascules même pour 30 minutes (alors que virer c'est tout un bazar avec 150kg de matériel à déplacer, transférer et réajuster les ballasts et parfois rouler dérouler un code 0).
Des semi pro venus aussi pour en découdre (difficile de dire que l'on est amateur si on cours 2 transat par an et qq autres zakouskis) et des vrais amateurs en "congés payés" mais pour la plupart cool, surtout venus pour se faire plaisir sur ces magnifiques coursiers et sans forcément un gros background de compétition à la voile.
Cela a pour effet des écarts importants à l'arrivée entre les premiers et les derniers.

. Le bateau il est plus fort que toi. Il faut déployer des efforts enormes pour réparer les bêtises comme affaler un code 0 ou code 5 quand il y a un pb d'enrouleur (en gros a chaque fois dée que plus de 10 noeuds de vent), nos bras sont douloureux.
Les surfaces de voiles rendent difficiles les affalages non standard et il va falloir éviter cela en solitaire...

. Ca passe ou ça casse? On avait dit qu'on tirerait sur le bateau, mission accomplie! On a gardé le code 0 (60m²) jusqu'à 30 noeuds au vent de travers et le code 5 (110m²) jusqu'à 20 noeuds au travers également. On a donc cassé les pièces les plus faibles sur le bout dehors mais pas le bout dehors. Voilà donc qq limites que l'on va pouvoir repousser en mettant l'équipement ad hoc sur le bout dehors.
A noter que ce qui a cassé est fait pour tenir plusieurs tonnes de traction, il y a donc des efforts ....

. Les enrouleurs ne sont pas au point, c'est même la cata. Au lieu de nous aider ils nous laissent espérer des manips simples donc en repoussant un peu les limites mais cela fini en eau de boudin avec affalage classique mais en vrac. Nos code 0 et 5 sont ainsi en vrac dans la cale car impossible de les enrouler dans la brise. Ceci dit on sait comment les envoyer sans enrouleur mais ça tire sur les bras et c'est plus long.
Le résultat c'est qu'on hésite à les envoyer si ce n'est pas pour un long bord et donc on perd par râpport à ceux qui sont plus agressifs sur les chgts de voiles.

. Il faut anticiper ou avoir le courage de l'inconscience. Il faut réduire quand c'est comfortable et non pas quand on est à la limite car la moindre erreur (et a part les pros tout le monde en fait!) se paye cash. On a du faire 2 manoeuvres vraiment propres depuis le départ.
Le reste du temps on a galéré et fini toutes les manoeuvres d'avant vent arrière pour bénéficier du dévent de la GV. A chaque fois c'est les milles ou des bouts de milles de perdus...

. On a la vitesse et la cadence par rapport au second wagon. Pas d'illusion par rapport aux tout premiers, à part une belle option météo ils resteront devant mais on est content, à la bagarre on a rarement été décrochés et à certaines allures comme le près bon plein/petit travers sous code 0 on est des bombes (cf Plymouth - Le Four ou on a rattrapé 2 bateaux en vitesse pure).
Le bateau est donc bien né, à nous de trouver les bonnes combinaisons de voiles pour chaque force et direction du vent et là il y a encore du travail ...

. La consommation électrique est importante avec une charge toutes les 6 heures au plus, il va falloir regarder cela pour caler les réserves de carburant et prendre les panneaux solaires

. C'est un régal de naviguer sur un bateau aussi rapide mais également aussi sensible aux règlages. Vous accélerez tout de suite mais il y a un demi noeud en jeu en affinant la tension d'écoute (surtout GV). et sur 1000 milles un demi noeuds cela fait 50 milles d'écart à l'arrivée.
Il y a donc le fun et de quoi jouer pour les règleurs, que demander de plus?

. Pilote en free style?
A part qq heures de près serré au contact (phases de départ surtout) nous avons été tout le temps sous pilote de barre nous consacrant au réglage et au repos... Globalement le fnt est ok tant en mode compas que vent apparent mais de temps en temps il part en free style et il faut donc rester vigilant pour ne pas se retrouver à empanner ou virer ...

Mais cela reste rare et il vaut mieux car la barre est très dure et avec notre mal aux bras ce ne serait pas très cool ...

La suite dans un prochain carnet, il est 6 heures et nous restons accrochés à notre 6ème place (ou 7ème on a perdu les Espagnols dans le classement). 6 milles de retard sur CG Mer, c'est faisable, on maintient Grassi juste derrière mais François Lucas se rapproche. L'architecte courreur aux multiples succès doit avoir la grosse motivation pour amener son plan devant les copains mais bon on va pas lui rendre la vie facile.
Beaucoup va se jouer dans le timing du virement de bord qui va nous amener sur Ouessant. on devrait virer vers ...11h du matin ensuite en fonction du courant on fera le tour ou on prendra le fromveur entr Ouessant et Molène (quel coin superbe mais quel nid de cailloux!)

Très belle journée à vous tous, nous c'est déjà commencé et je vais de ce pas réveiller fifi pour qu'il en profite ...
Amitiés de 47°12N et 5°24 W

Erik, Philippe et le Voilier au Ruban Rouge