Transat AG2R 2008, une nouvelle page se tourne

Je vous avais promis un dernier carnet en forme de bilan de cette Transat, le voila avec deux jours de retard mais ça se bouscule un peu pour la reprise même si Radmila (merci !) a su gérer magnifiquement mon agenda de la semaine coté boulot.

L’actu de Saint Barth
. La partie récup et festive a pris le relai même si pour certains ce sera court car les derniers bateaux sont arrivés hier seulement. Celeos a pris une baleine de plein fouet et la coque est délaminée sur la partie avant. Le choc a été considérable car nos bateaux sont costauds et pour le ramollir comme ça il a fallu de la pression.
. Nous avons adopté le rythme des filles et allons donc explorer les plages de l’ile et sa faune pour nous rafraichir. Je ne serai pas trop lourd sur le sujet car il parait qu’il y en a qui bossent et qui en plus ont une météo moyenne mais ici c’est tortues, poissons bariolés et langoustes …
. Les soirées sont aussi bien remplies avec une soirée dans la villa de Jeanne Grégoire mise à dispo par la ville et hier soir teuf aux Boucaniers organisée par Miguel le local qui a fait un magnifique podium. Ce soir c’est la soirée officielle et demain le retour sur Paris
. Nous avons fini de préparer le bateau hier pour sa mise sur cargo qui doit intervenir ce jour
. Coté récup, la natation nous permet de refaire les muscles des jambes car en 23 jours de mer seule une partie de nos gambettes travaille et plus sous forme d’influx donc on perd beaucoup en volume musculaire. Coté sommeil, c’est très chaotique encore et à part la première nuit je suis encore sur des quarts avec donc réveil toutes les 90’ avec parfois du mal à enchainer les cycles. Vous ajoutez là-dessus les 6 heures de décalage horreur et je sens que la semaine prochaine va être une semaine à coups de barre intempestifs …
. Tout à l’heure à 13h30 nous allons à Lorient, visiter la classe de CM1 qui nous a supportés pendant toute la course. 2 heures de questions et de réponse, ça va être super sympa (ils étaient à l’arrivée sur le quai d’honneur Mardi soir)

Les différences entre 2006 et 2008.
- L’approche de la partie compétition a été fondamentalement différente. En 2006 avec Pacôme nous n’avions pas d’autre objectif que de nous faire plaisir et démontrer que nous avions notre place dans la course en laissant quelques compétiteurs de renom derrière.
Il n’y avait donc pas de pression et nous avions navigué en ne lâchant rien, le concept de ne rien lâcher étant basé sur ce que nous pensions être notre implication maximale dans la marche du bateau. En 2008, avec l’embarquement de Poupou nous avions un objectif qui était d’améliorer la perf de 2006 tant au niveau classement que nombre de top chrono et pour cela devions naviguer comme les professionnels expérimentés du circuit. Et la différence est grande car pendant 23 jours tout a été sacrifié à la performance du bateau, c'est-à-dire modification permanente des réglages des voiles et de la répartition des poids (150kg de matériel, nourriture, eau qui se sont promenés de l’avant à l’arrière, sur le coté, …). A chaque variation de vent il fallait bouger un ou deux packs d’eau, … Ajustement permanent des écoutes et non pas réglage moyen tolérant pour un « range » de vent. Pas d’utilisation du pilote car nous barrons mieux que lui.

Au début je pensais (je m’étais convaincu) que de nuit dans les vagues et la brise le pilote était meilleur que moi car allait tout droit mais c’est faux, avec une concentration à 100% pendant les 2 heures d’un quart on gagne qq centaines de mètres. Cela n’a l’air de rien mais déplacer des poids toutes des 2 heures, être concentré 12 heures par jour sur sa barre, ajuster les écoutes à chaque variation d’intensité de 1 ou 2 nœuds ou a chaque vague mal négociée fait une très grande différence avec une approche « vacances » où on ne modifie les poids que lors des grands changements de vent ou d’allure, ou les nuits et la période de grosse chaleur on est sous pilote et où on trouve un réglage tolérant pour un vent variant en intensité de qq nœuds.
Avec l’approche 2006 nous n’aurions pas gagné les qq mètres qui nous ont permis de décrocher la dixième place. La question pour la suite sera : quelle approche prendre en Class40? A chaud (et à tiède) ma vision est que je me suis régalé en 2006 et que j’en ai bavé en 2008. En 2006 c’était des vacances pimentées avec beaucoup de petits bonheurs, en 2008 c’était du boulot de coureur pro avec des moments sympas comme les premiers jours de surf dans les alizées mais où seul vraiment le résultat final pouvait offrir une réelle satisfaction. Le résultat nous l’avons eu donc cette Transat est une réussite mais j’imagine que les chtis nous soient passés devant et que nos finissions 21ou 22ème je crois que là j’aurais vraiment eu les boules (excusez moi) de passer mes 3 semaines de vacances la tête dans le guidon (voyez la tête de l’anglais Phil Sharp qui finit dernier classé alors qu’il a gagné la route du Rhum il y a 18 mois !). Bref, je suis content de l’expérience, content d’avoir appris de Poupou comment gérer un projet pro mais je crois que ma prochaine Transat sera plus dans l’approche 2006 et d’ailleurs avec un certain Pacôme sur la route du café (Transat Jacques Vabre en Novembre 2009) mais nous en reparlerons en temps et en heure…
Les amateurs sur le circuit Figaro :
Je l’avais évoqué lors de la Solitaire du Figaro de l’été dernier et je confirme que amateurisme et circuit Figaro vont de moins en moins ensemble. Il va rester des amateurs qui vont aller courir la Solitaire car c’est LA course qu’il faut avoir faite mais c’est de plus en plus difficile à tous les niveaux.
. Les pros exploitent les bateaux à 100% en permanence, le niveau est tel qu’il est très difficile de les approcher en vitesse pure. Ce n’est pas avec qq dizaines de jours d’entrainement que l’on peut espérer les approcher, les amateurs qui arriveront à rentrer dans les 30 premiers à une solitaire feront un exploit. Les pros font la différence à tous les niveaux :
- Ils ont une expertise en numéro 1 capables de changer une voile vite et sans se poser de question quelques soient les conditions météo (il y a des fois dans la grosse brise ça fout la trouille et faut se pousser pou y aller). Nous sommes par exemple restés 12 heures de trop sous Solent le second jour car nous n’avions pas le « courage » d’aller changer de voile alors qu’on était en limite de « range » d’utilisation (17 à 20 nœuds de vent). La plupart sont aussi capables de monter dans le mat sans assistance, juste comme a un mat de cocagne.
- Ils ont développé une expertise de barre et de réglage avec tout de repéré (pré-réglé).
- Ils suivent des stages météo et refont régulièrement les courses pour engranger le maximum à d’expérience à terre. En course ils ont à choisir entre les options et n’ont pas besoin d’imaginer les options qui ont à l’avance été mises sur la table.
- Ils ont eu des stages de mécanique diesel …
- …

. Les bateaux sont préparés et optimisés avec multe astuces (je viens de découvrir qu’à Port Laf ils ont ajouté une poire pour réamorcer le circuit de gasoil, c’est évident mais fallait y penser !). Ce savoir faire reste au sein de chaque team et un amateur ne pourra découvrir cela qu’au fur et à mesure en écoutant et en regardant …

Bref les pros sont de plus en plus complets et font de moins en moins d’erreur. Le Figaro pouvant être exploité à 100% cela veut dire peu de chance de faire sa place.
Un autre « support » comme un Class40 laisse lui des opportunités car ce sont des bateaux qui ne peuvent pas être exploités à 100%. Par exemple en Class40 si vous rangez trop tard un spi vous avez de grandes chances de le perdre ou de le déchirer. En Figaro, vous laissez votre grand spi jusqu’à ce que vous enfourniez dans 45 noeuds de vent …

Notre configuration alizées :
Nous avons fait 3 top chronos de pure vitesse dans les alizées aussi sans vous donner tous les secrets d’un bon réglage à la Poupou voilà qq bases et trucs pour aller vite … aussi bien en course qu’en croisière !
. Il faut glisser sur les vagues au maximum donc naviguer le plus possible dans leur direction. Si en loffant un peu on peut surfer alors qu’on est collé au vent arrière, il faut grimper pour lancer les surfs et glisser/abattre dès que le bateau démarre. Ne pas hésiter à se retrouver à 165 ou 170° du vent réel si ça pousse. Ne penser qu’à une seule chose, descendre les vagues !
. L’équilibre des poids est fondamental, les poids sont centrés un peu au vent et reculés progressivement jusque sous les bannettes si on passe les 25 nœuds. Si l’alizée est faible, ne pas hésiter à charger l’avant. On sent très bien les coups de frein si on est matossé trop devant quand le vent monte. Au fait il faut tout matosser
. Le mat est basculé sur l’avant. Nous n’avons pas été extrêmes en relâchant les haubans et en reprenant d’étai (on a quand même repris tout l’étai) mais le mat était droit comme un i jusqu’au second étage de barres de flèche. Cela nécessite un pataras long dont il faut reprendre un peu pour bien stabiliser le gréement. N’oubliez pas de rebasculer votre gréement pour partir au près. Si nous ne l’avions pas fait à l’approche de St Barth, nous n’aurions pas pu passer Sablières …
. Envoyer le tourmentin (en plus du spi !!). Pas sûr qu’il donne un réel avantage de vitesse bien qu’il portait sans perturber le spi mais il est surtout là pour éviter les coquetiers. C’est l’assurance que vous pouvez descendre très fausse panne et empanner sans risquer une cocotte. Il stabilise aussi l’étai qui ne bat plus et minimise les risques de casse.
. Gérer l’appui du bateau au hale-bas de GV pour la relance
. Et puis il y a le réglage du spi mais dépend de sa coupe …

En conclusion …
Trop souvent il nous est rappelé que la vie est courte, beaucoup trop courte alors allez-y, vivez chaque instant à fond, vivez vos rêves. Vous faire vivre les nôtres n’a qu’un seul objectif, vous inciter (si tant est qu’il en soit besoin) à vivre les vôtres.
Et si un de vos rêves est de venir tirer quelques bords sur un bateau de course avec un ruban rouge dans la voile dites le moi, ça doit pouvoir s’arranger. Je ne sais pas encore comment on va organiser cela mais dès qu’il sera au point dans quelques semaines il y aura du coté de Lorient puis peut être ensuite du coté de La Rochelle un joli JPK40 nommé « AXA Atout Cœur pour AIDES ». Mon engagement, c’est de vous emmener concrètement avec moi, pas que dans les carnets alors passez moi un petit Mail et je vous emmène …
Solidairement et amicalement,
Prenez soin de vous

Erik
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Et hop 10ème !

Carnet de terre du 13 mai 2008

30 minutes avant l’arrivée, c’était la déprime à bord car nous sommes revenus à vue de Suzuki, Lenze et Sablière mais… derrière! Cependant fort de notre devise de ne rien lâcher, nous nous sommes accrochés à Sablières et avons remonté mètre par mètre à l’affut de la moindre erreur… Dernier virage avant l’arrivée devant une petite île et ses cailloux et nous envoyons plus vite le génois et j’emmène Poupou au raz des cailloux (il faut parfois prendre des risques, c’est pour cela que les assureurs assurent…) et ça passe et nous prenons l’intérieur. S’en suivra un match racing jusque sur la ligne d’arrivée que nous passons devant mon pote Aymeric bon perdant, grand seigneur, respect.

Voilà, je vous ferai un carnet plus long demain mais je voulais juste vous poster le résultat final. C’est la course la plus dure que j’ai faite mais finir dans le top 10 des meilleurs navigateurs au large et réussir 4 "meilleures perf sur 24h" sur 23 jours c’est un peu comme une consécration pour un amateur du grand large.C’est la fin de 3 ans sur le circuit Figaro et le début d’un nouveau cycle pour le prochain voilier au ruban rouge en Class40.

En ultime hommage à la cause que nous supportons ce soir nous allons aller diner à « La Gamelle » restau de marins tenu par Philou, séropositif.

Demain, repos puis reprise des calls AXA Tech, mon nouveau boss a besoin de moi, je vais là aussi me donner à fond en attendant la prochaine course pour AXA Atout Cœur pour AIDES version 40 pieds.

Il faut y croire jusqu’au bout, ces 30 dernières minutes après 23 jours de course ont changé ma conclusion.

Toutes mes amitiés depuis Saint Barth.

Erik

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Onzième ?

Carnet de bord du lundi 12 mai 2008

Malgré tous nos efforts ça va être très compliqué de revenir sur Liz ou Sablière. On va faire nos dernières 36 heures au taquet, mais il y a plus de 20 milles d’écart.

Cela nous fait penser à une question de plus pour le test.
Question : « Préférez-vous,
A. Finir 11ème demain soir
B. 6ème après-demain soir ? »
En exclusivité, la réponse est 12ème hier soir !!!

J’ai quand même plus l’impression d’avoir bossé 3 semaines (certes au grand air) que d’ avoir pris 3 semaines de vacances au soleil, à la mer...!
Je crois que je commence à imaginer la vie d’un coureur au large professionnel et je ne suis pas sûr de vouloir échanger mon baril de course en amateur avec son côté aventure et fun contre 2 barils de coureur professionnel vissé à la barre se nourrissant de barres et de lyophals.

On aurait peut-être pu finir 8ème ou 7ème en restant au nord ces derniers jours car on a pointé devant Suzuki avant de replonger sud. Pour cela il aurait fallu passer 2 ou 3 heures sur l’ordinateur pour faire des simulations mais pas possible pour nous sans énergie. Dommage. Ceci dit, 11ème serait super et je pourrai partir sans regret de la Classe Figaro pour la Class40.

Nous avons eu ce matin la Martinique par le travers (au loin) et allons dans la nuit remonter la Dominique puis Marie Galante, la Guadeloupe, frôler la Désirade (Wowo !) puis passer demain matin entre Antigua et la Barbade. C’est un peu rapide pour le tourisme mais le coin est super sympa.

Notre ETA (estimated time arrival) à Saint-Barth est prévue entre minuit et 6h du matin heure de Paris, mercredi.

Nos amitiés Antillaises à tous ceux qui voient dans le ruban rouge un symbole de solidarité mais aussi l’espoir, la volonté et la combativité.

Nous n’aurons rien lâché pendant 23 jours et par rapport à tous ceux qui combattent le virus tous les jours pendant des années, ces 23 jours on vous les donne, ce sont les vôtres.

Erik, Cédric et le Voilier au Ruban Rouge

Et voilà ! Ciao !

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