Solo Figaro Les Sables - départ ©Fabienne Nigon Solo Figaro Les Sables - 1er bord sous spi ©Fabienne Nigon Solo Figaro Les Sables - Bouée de dégagement ©Fabienne Nigon Solo Figaro Les Sables - Bouée de dégagement ©Fabienne Nigon Solo Figaro Les Sables - Coquetier ©Bernard Solo Figaro Les Sables - Sur la vague ©Fabienne Nigon Solo Figaro Les Sables - La Sablaire ©Bernard Solo Figaro Les Sables - La Sablaire ©Bernard Solo Figaro Les Sables - Sous la vague ©Fabienne Nigon

On croit avoir fait à peu près toutes les erreurs possibles mais on en trouve des nouvelles à chaque sortie et histoire de ne pas oublier les précédentes on les refait juste pour le plaisir …

Pour la première fois depuis que je fais du Figaro, j’ai eu Jeudi un vrai coup de blues me demandant ce que je faisais là écroulé dans le cockpit à essayer de reprendre mon souffle après moins d’une heure de course. Il faut dire que tout se goupillait plutôt mal depuis l’arrivée tardive la veille de Paris (pas bon de démarrer une course en manque de sommeil …), le contrôle détaillé de l’équipement du bateau par les jaugeurs alors qu’il me fallait quelques heures tranquille pour préparer le bateau pour la course et rentrer toute la navigation dans l’ordinateur du bord et puis à peine sorti du port pour aller sur la ligne voila ti pas que la poulie de bome du hale bas explose et je me retrouve dans la houle de la baie des Sables avec 22/24 nœuds de vent et une grand voile qui se met en drapeau … Par chance j’avais une poulie coupée à bord (merci Oliver) et j’ai pu réparer sans revenir au port synonyme d’élimination. Bien entendu au fond du port il n’y avait que 15 nœuds de vent donc j’avais gréé le génois (grand foc) qui est la bonne voile jusqu’à 20 nœuds de vent et me voila donc dans la procédure de départ (qui dure 8 minutes) entrain d’aller bricoler sur la plage avant pour changer de foc et mettre le Solent. Pas d’eau à courir donc il faut que je l’envoie face au vent et c’est du sport car dans ce vent (ça fait du force 5 Beaufort) le foc à tendance à être volage et en solitaire pas facile de tenir le foc à l’avant et de l’envoyer avec une drisse à l’arrière.

Bref, ça passe mais à l’énergie et je prends le départ en retard d’une quinzaine de secondes seulement. Heureusement qu’il n’y a que 11 bateaux et donc je trouve un trou et tire le bon bord pour passer la bouée de dégagement 4ème (environ) et je me prépare à envoyer le spi.

Et là comme cela arrive parfois j’attaque une des figures qui nous a rendus célèbre sur la transat à savoir le « coquetier ». Par chance (pour vous) la presse était là et vous verrez en photo attachée ce qu’est un spi en coquetier, c’est assez joli mais pas efficace du tout pour la vitesse et il faut défaire les tours … Facile, il suffit d’empanner … Mais dans plus de 20 nœuds avec la houle du coin ce n’est pas très stable et si les tours se sont bien défaits, le tangon à maté et est passé du mauvais coté de l’étai et je vous dis pas les nœuds.

C’était donc parti pour un affalage de spi en pied de mat avec détricotage. J’ai bien passé 10 minutes en me cramponnant au mat à ranger le spi puis autant de temps à défaire les nœuds et re-préparer le spi pour un nouvel envoi. Et là je regarde autour et coup de blues, je suis rincé, essoufflé, épuisé, dernier et je sens que si je renvoie dans ces conditions je vais refaire des c……. Dans ce cas ma méthode c’est « on se pose et on récupère » d’abord le physique et généralement quand les forces reviennent le moral suit et puis j’ai bien vu avec ma petite expérience de la course au large qu’il y a toujours des occasions de se refaire (et puis surtout de quoi je me plains quand le seul traitement à prendre c’est de faire un break de qq minutes et enfin notre fameux « on ne lâche rien » n’est pas qu’une formule pour un carnet de bord !!). Bref une fois revenu sur un rythme cardiaque raisonnable pour mon âge ( !) je descends à la table à carte, regarde où est la prochaine marque/bouée et comme elle n’est plus très loin je décide de me préparer tranquillement pour le grand bord de près qui suit sans renvoyer de spi.

Bord de près pas très brillant mais je m’accroche et gagne 2 places avant de repartir pour un grand bord de spi vers le pont de l’Ile de Ré. Là, angoisse de refaire un coquetier mais je m’applique et c’est parti à donf plein vent arrière pour descendre les vagues au maximum et je sais qu’à cette allure AXA Atout Cœur pour AIDES a la vitesse, l’espoir de remonter dans cette grande descente me scotche à la barre surtout que je vois tous les concurrents partir vers le large en ¾ arrière j’ai une carte à jouer.

Et après 2 heures de suspens je vois revenir mes camarades vers l’Ile de Ré et coupe la trajectoire en troisième position. Gérald Véniard à fait le trou et on ne le reverra plus par contre j’ai le second en ligne de mire et m’applique pour faire le trou sur le paquet qui est juste derrière.
La nuit descend tout comme le vent et le retour vers les Sables se fait au près avec de fortes variations qui font que nous nous retrouvons en groupe de 4 bateaux peu éloignés avant que le calme plat s’installe au petit matin. La météo avait bien prévu une bascule de vent Nord Ouest vers Sud Ouest mais pour l’instant c’est la grosse pétole et fatigue plus stress = petite sieste = erreur !!!. Il ne faut jamais aller dormir quand il n’y a pas de vent car il suffit de fermer les yeux pour qu’un souffle se lève et 20’ plus tard quand je lève le nez je vois 2 bateaux sous spi devant moi et un qui me fond dessus. Et dire que je n’avais même pas préparé de spi sur le balcon avant (re erreur !!) donc je me jette dans le bateau prends le spi, le grée et envoi … le petit spi de brise alors que c’est du tout petit temps… je vous passe les noms d’oiseau dont je m’affuble et prépare d’urgence le grand spi pour un affalage + envoi express et quand je regarde en l’air je vois que j’ai inversé un bras avec la drisse (pour les non initiés c’est quasi un envoi tête en bas) mais heureusement (pour moi) la presse n’était pas là pour immortaliser la scène … Donc je respire trois fois, j’affale cette horreur et renvois propre et repars 5ème alors que je visais la seconde place... tout est à refaire !!

Le brouillard épais tombe sur ces premières 24h mouvementées et m’aperçois que la prochaine marque à virer est la bouée de départ aux Sables et je n’ai pas noté la position de cette bouée (nouvelle erreur) et avec ce brouillard aucune chance de la repérer de visu. Je me cale sur ma trace dans Maxsea mais elle n’est pas assez précise avec une visibilité de 100m environ. Par chance, le bateau comité n’avait pas non plus noté la position de cette bouée et ils n’ont donc pas hésité à donner la position GPS par radio quand je leur ai demandé … ouf ! Je passe 4ème et on continue sous spi au largue vers l’Ile d’Yeu. J’ai les 2ème et 3ème en vue et je m’applique et refais mètre par mètre mon retard en enroule la pointe nord d’Yeu second à nouveau avec qq longueurs d’avance sur mes 2 adversaires. Retour vers St Gilles Croix de vie sur un bord à nouveau sous spi de largue serré et je décroche mes concurrents pour virer à Saint Gilles avec une bonne marge de manœuvre d’un quart d’heure (Gérald est passé lui depuis 45’ …). Départ au large vers le plateau de Rochebonne et ensuite cap sur l’Ile de Ré pour une dernier tour.

La seconde nuit tombe avec le brouillard qui revient j’ai un nouveau coup de pompe et vais attaquer ma deuxième sieste serein… Petit sommeil et fatigue ne sont pas favorables à la lucidité mais je vois bien le feu blanc de la bouée de Rochebonne et vois les feux de mes concurrents rester à distance raisonnable. Par contre sur Maxsea je dois être proche de la balise à contourner alors qu’elle me semble encore assez loin devant, bizarre mais bon je suis sous spi à bonne vitesse, je vais y arriver vite mais c’est quand même bizarre, je vérifie la carte et vois « iso G 4s » ce qui signifie feu isophase GREEN !! Je suis en train de foncer sur un chalutier avec la balise à contourner dans mon dos !! Demi tour et quand je passe la balise un de mes camarades est passé en douce et l’autre arrive !

Pas de problème je suis le roi de la remontée alors je vais me refaire sur ce vent arrière et me voilà à 2 heures du matin le dos plaqué sur la bome pour la pousser au maximum sous pilote automatique entrain de remonter mètre par mètre. A 5h40 quand je loffe après la dernière marque avant Ré j’ai repris 10’ et suis à nouveau second.

Malgré une dernière mésaventure avec le porte hélicoptère Mistral qui m’oblige à me dérouter alors qu’il manœuvre entre Ré et Oléron je ne lâcherai plus ma position jusqu’à l’arrivée en milieu d’après midi aux Sables après un dernier grand bord de près dans un clapot bien levé.

Je ne sais pas trop comment conclure :

  1. Beaucoup trop d’erreurs, si je continue comme ça je vais être explosé pendant la grande course de l’été car le niveau sera un cran au dessus
  2. En faisant autant de bévue j’arrive à remonter à chaque fois et ai donc un potentiel de vitesse correct (même si le plateau était modeste à part Gégé)
  3. L’objectif de toute façon n’est pas tant le résultat que la manière et si je ne suis pas très fier d’avoir fait autant de c……. de suis satisfait de ne pas avoir lâché, de pouvoir vous faire vivre tout cela et de porter haut les messages du bateau au ruban rouge.

Fabie et Bernard on fait de superbes photos, j’ai beaucoup de chance de vivre ces moments, les galères ne donnent que plus de valeur aux instants de pur bonheur (ces grandes descentes de nuit sous spi, j’adore).

Je vous donne rendez vous à Caen dans 2 mois pour bonheur et frissons, en attendant prenez soin de vous.

Amitiés